Un café, cinq questions : Josiane Farand
juin
05
2020
Un café, cinq questions : Josiane Farand
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Par Patrick Richard

Un café, cinq questions est un lieu de discussion où je prends le temps d’un café pour questionner un artiste de Vaudreuil-Dorion, un citoyen, une femme d’affaires ou un barbu circonspect, sur son rapport à la culture à l’aide de cinq questions pas du tout scientifiques en lien avec l’actualité, avec la vie, avec notre place dans l’univers et surtout, avec rien de tout ça. À la dernière gorgée de café, je demande à mon invité de choisir mon prochain invité.

Aujourd’hui, à la demande de Chantal Séguin, je bois un café au téléphone avec Josiane Farand, photographe bien connue de notre région et femme d’affaires à la créativité débridée.

Qui est-elle?

À l’âge de 11 ans, Josiane Farand reçoit son premier appareil photo, un kodak Instamatic, et déjà, elle trace sa voie vers ce qu’elle devient lentement. Lors de son passage aux HEC, elle préfère regarder les gens plutôt que les chiffres, elle part étudier la photographie commerciale au collège Dawson et consacre maintenant son temps professionnel à la photo. Elle est engagée dans de multiples causes et organismes, dont la CCIVS et le Conseil des arts et de la culture de Vaudreuil-Soulanges, et s’est récemment incorporée en adoptant le nom L’Art de capter inc.  Elle se passionne pour les voyages, l’architecture, le documentaire et surtout, pour les gens qu’elle croise au fil de sa route.

Si vous aviez à définir la photographie à un homo sapiens resté pris dans l’Âge de pierre, que lui diriez-vous?

Probablement que je lui dirais que la photographie, c’est comme si la lumière arrêtait le temps, l’instant d’un micro moment. Elle le capte en action, l’emprisonne, le confine. Puis finalement, ce moment et ce qu’il représente deviennent disponibles à jamais. Il est encore trop tôt pour les hiéroglyphes ou le suaire de Turin, mais il faudrait aviser l’homme de pierre qu’il y a toujours un documentariste quelque part qui pourrait avoir la brillante idée de se servir de ce qu’il fait afin de le montrer à la planète d’aujourd’hui, comme dans les cavernes d’Altamira en Espagne. À moins qu’il n’existe que sur un cellulaire qui tombe à l’eau! Mais bon, comment expliquer c’est quoi un cellulaire à l’homme de pierre?

Un artiste qui vous inspire et pourquoi?

Ça, c’est une question truquée! C’est comme se faire demander lequel de tes enfants tu préfères! Je suis inspirée par l’originalité, la persévérance, la résilience aussi. Autant par ceux qui s’expriment seulement à travers un art quelconque que par ceux qui ont l’air plutôt normaux en public, mais qui se libèrent dans des inventions de mondes fantastiques. Autant des récits que des images. Par ceux qui nous font découvrir la beauté là où on ne voit que des ordures, de la disgrâce, de la turpitude. Par ceux qui ne se croient pas artistes et qui finalement découvrent qu’ils le sont. Ça me touche. Mais de grands noms de la photographie?

Il y a les classiques tels Ansel Adams, Yousef Karsh, Helmut Newton, Edward Weston, Margaret Bourke-White, les fantaisistes tels qu’Annie Leibovitz et David LaChapelle. Avec ces noms-là, j’ai l’air vieille! J’ai également grandi en observant le travail de reporters-photographes extraordinaires comme Steve Mc Curry, Dennis Hopper, Diane Arbus et Anja Niedringhaus.

Ceux qui me touchent le plus présentement sont les activistes Sebastiao Salgado qui président une pétition contre la déforestation du Brésil, Yann Arthus-Bertrand qui nous a éblouis avec ses photos aériennes extraordinaires et le Canadien Edward Burtinsky derrière ses films et ses images environnementales. Eh oui, il y a même Jean-René Dufort dans la liste, pour son œil vif et ses captations ludiques.

On vous donne la chance de retourner dans le temps pour vivre et participer à l’événement historique de votre choix, où iriez-vous et pourquoi?

À l’Expo 67, pour documenter la construction des pavillons, voir la ville et la vie se transformer, l’ouverture d’esprit, travailler avec les fous et génies de tous les pays derrière cette grandiose opération. Je ne peux qu’imaginer l’ouverture, la visite des étrangers, les contacts, les amitiés… J’y suis quand même allée, lors de la dernière journée avant la fermeture. J’étais dans le ventre de ma maman. Je suis née le lendemain!

Autre que ça, je retournerais dans le Paris et ses cafés du 6e arrondissement au temps de La Bohème avec Rodin, Modigliani, Toulouse Lautrec, Camille Claudel, Monet, Renoir, à Saint-Germain-des-Prés dans le monde de Brassens, Brel, Aznavour, Gainsbourg, Greco, Fitzgerald  et plus! Ou encore à New York dans les années ‘70, au Chelsea Hotel!

Une citation, une chanson, un film et un livre sur une île déserte?

Citation : «  Je ne fais ni de l’Art pour l’Art, ni de l’Art contre l’Art. Je suis pour l’Art, mais pour l’art qui n’a rien à voir avec l’Art, car l’art a tout à voir avec la vie », de Robert Rauschenberg

Musique : Alexandra Stréliski et Jean-Michel Blais

Livre : « Une bibliothèque sur une île déserte parce que j’aurais enfin le temps de lire! Mais je préfère les revues. Je n’ai pas eu le courage de me débarrasser de mes revues Life Magazine lors de mon déménagement. J’aime le côté documentaire, le côté de raconter des histoires, la photo noir et blanc. Le fait que le photographe devient pratiquement invisible auprès des gens qu’il photographiait. J’aime aussi National Geographic. »

Film : « On s’écœure de regarder tout le temps le même film, je vais donc y aller avec un bon vieux film de Noël à regarder une fois par année! »

Le maillage art-affaires, il est possible, essentiel, déjà fait? Vous en pensez quoi?

Il est plus important que jamais! Surtout ces jours-ci quand tout doit être réinventé. Il n’y a pas personne qui peut dire qu’il est resté indifférent devant ce que les artistes ont présenté en début de pandémie. Et ils l’ont fait gracieusement, avec cœur. J’ose espérer que ce qui se passe présentement va faire en sorte que les artistes vont être de plus en plus sollicités pour aider avec leurs solutions.

Comme prochaine invitée, Josiane m’invite à aller m’inspirer auprès de l’artiste Tina Struthers.

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