Un café, cinq questions : Chantal Séguin
mai
04
2020
Un café, cinq questions : Chantal Séguin
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Par Patrick Richard

Un café, cinq questions est un lieu de discussion où je prends le temps d’un café pour questionner un artiste de Vaudreuil-Dorion, un citoyen, une femme d’affaires ou un barbu circonspect, sur son rapport à la culture à l’aide de cinq questions pas du tout scientifiques en lien avec l’actualité, avec la vie, avec notre place dans l’univers et surtout, avec rien de tout ça. À la dernière gorgée de café, je demande à mon invité de choisir mon prochain invité.

Aujourd’hui, à la demande d’Isabelle Turcotte, je bois un café à distance avec Chantal Séguin, commissaire aux expositions au Musée régional Vaudreuil-Soulanges, auteure des aventures de la souris Cyprienne et très grande amoureuse d’art sous toutes ses formes. Ce café a été bu et savouré au téléphone en raison des mesures de confinement encore en vigueur au moment de l’entrevue.

Qui est-elle?

Chantal Séguin complète son baccalauréat en histoire de l’art à l’Université de Montréal avant de défendre sa thèse de maîtrise au sujet des gravures de Paul Bril par Willem van Nieulandt en 1990. L’exposition Transhumance qu’elle chapeaute au tournant du millénaire s’avère un tremplin vers son entrée au Musée où elle œuvre à mettre en lumière les créations d’artistes depuis deux décennies. Directrice des services éducatifs et commissaire aux expositions, Chantal Séguin se démarque également par son talent d’auteure, elle qui prête ses mots à la souris Cypriennne, qui en est déjà à sa 10e aventure. Cinq questions à la plus précieuse ambassadrice des arts de notre région.

Par rapport à la crise actuelle liée à la COVID-19, nommez une chose positive qui selon vous ressortira pour la société en générale et pour vous en particulier.

« Les liens avec la famille et les proches. On est tissé serré et même si on n’est pas dans la même maison, on appelle nos proches tous les jours pour savoir comment ça va ou s’ils ont des besoins particuliers. Avant la COVID, on prenait des nouvelles, mais on courrait tellement que des fois, on manquait de temps pour le faire. J’ai l’impression qu’après, ça va continuer. Parce qu’on va avoir pris cette bonne habitude de faire. La relation au temps change aussi, on a trop de temps, le temps ne passe pas, ce qu’on a fait il y a deux mois, on a l’impression que ça fait un an, et hier, on a l’impression que ça fait une semaine et demain, c’est comme loin. Ça change beaucoup et si on peut tirer une leçon de ça pour l’avenir, c’est que le temps est précieux et qu’il faut l’utiliser intelligemment et se garder du temps pour soi, c’est important. »

Nommez un moment culturel marquant dans votre vie.

« Ma première idée était ma première expo que j’ai faite au Musée, Transhumance, avec 13 artistes, un méga projet super intéressant. Mais après réflexion, c’est plus d’écrire les Aventures de Cyprienne. Ça, c’est un héritage pour les générations à venir, c’est encore plus important, ce n’est pas juste moi, c’est vraiment un leg. »

Chantal Séguin écrit les Aventures de Cyprienne depuis 2009, Johanne Mitchell les illustre. Dix histoires ont déjà été publiées.

Si vous n’aviez que cinq artistes en arts visuels à choisir pour passer le reste de votre vie, quels artistes choisiriez-vous?

« Il y aurait trois grands artistes, soit Salvador Dali, Camille Claudel et Frida Kahlo. Leur vie est fascisante, leurs créations aussi. Ça fait des années que je les aime beaucoup. Et il y en a deux autres plus près de nous que j’aime aussi beaucoup, soit Dominic Besner (qui a exposé au Musée) et Marc Séguin. »

Une citation, une chanson, un film et un livre sur une île déserte?

Citation : « Rien n’est le fruit du hasard, j’y crois beaucoup. Il y en a deux autres sous-jacentes : Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse et donne-toi toujours 24 heures avant de prendre une décision. Ça, j’essaie de l’appliquer, parce que des fois on est prompt et on prend de mauvaises décisions parce que c’est trop rapide. »

Chanson : « La chanson que j’aime le plus au monde, c’est l’Ave Maria de Gounod. Pour moi c’est l’Ave Maria par excellence. Marie-Josée Lord la chante très, très bien. Je suis plus du genre classique contemporaine. »

Film : « J’aime m’évader avec les films, un que je regarde beaucoup, c’est L’Affaire Thomas Crown. Ça se passe dans un musée, étonnamment! »

Livre : « Le Petit Prince de St-Exupéry. Je l’ai lu jeune, je l’ai lu à l’adolescence, au CÉGEP, je l’ai toujours, je le relis. On va chercher de belles pensées, c’est intéressant, c’est beau. »

On vous nomme ministre de la Culture et des Communications, vous avez carte blanche pour travailler sur trois chantiers, nous aurions droit à quoi?

« 1.  Reconnaître la culture à son juste niveau. Au début de la crise, ce sont les artistes qui ont mis des capsules, qui ont été généreux de leur temps, mais on les prend souvent pour acquis. Si on n’avait pas de culture en période de confinement, je pense qu’on serait en dépression profonde. Pas de télé, pas de livre, pas de musique, ça ne marche pas.

2. Donner les moyens pour que les institutions puissent réaliser leurs projets et avoir des salaires qui ont de l’allure aussi. Quand vient le temps de donner des sous, ça va à la santé, ça va à l’éducation, il y a tellement de paliers qui embarquent, la culture se trouve souvent dans le bas de l’échelle et il ne reste plus d’argent ou pas beaucoup.

3. Inclure dès le primaire des cours obligatoires sur l’histoire de l’art pour avoir une formation générale intéressante, comme en Europe. »

En terminant notre rencontre au cours de laquelle nous avons bu un café en faisant semblant que cette crise n’existait pas, Chantal m’a dirigé avec une personne qu’elle connaît depuis fort longtemps : Josiane Farand. À suivre en face à face ou à distance d’un coup de téléphone.

Crédit photo : Christian Gonzalez

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