Un Michel dans ma vie
juin
19
2020
Un Michel dans ma vie
mozaik
seperation

Par Patrick Richard

J’ai raconté cette histoire 22 fois, il semble que je vais la raconter ici une 23e fois. À l’automne 2009, je venais d’être fraîchement promu à la couverture de l’actualité culturelle aux Hebdos du Suroît où j’ai œuvré en tant que journaliste 1691 jours, soit 4 ans, 7 mois et 16 jours. À quelques jours près. Une aventure extraordinaire avec une équipe qui l’était tout autant. Ce jour d’automne, j’échange avec la journaliste Marie-Jacynthe Roberge dont la carrière allait prendre un virage touristique. Ses premiers amours. L’échange se fit surtout d’un sens vers l’autre : elle m’abreuve de ses conseils, je bois et m’abreuve de son nectar. Une liqueur à saveur culturelle. En d’autres mots, je suis un peu en formation culturelle afin que Marie-Jacinthe m’oriente vers les bonnes personnes, les bons dossiers, les bons sujets. C’est à ce moment que j’entends parler pour la première de Michel Vallée : « Il vient d’arriver à la Ville, tu devrais aller le rencontrer, paraît qu’y’a des bonnes idées », qu’elle me dit de son savoureux franc-parler. Je laisse passer l’automne puis prends rendez-vous tôt à l’hiver 2010. Dans son bureau alors situé à la bibliothèque de Vaudreuil-Dorion, Michel me reçoit en compagnie de France Lavoie, directrice aux communications à la Ville. On se présente, je lui fais part d’entrée de jeu de la phrase de mon ex-collègue « tu devrais le rencontrer, paraît qu’y’a des bonnes idées », la glace est brisée et nous parlons.

Ce matin froid de février 2010, j’entends parler pour la première fois du projet Je suis… Un projet fou, visionnaire, rassembleur auquel je me suis immédiatement identifié. Sans pleinement le réaliser, je sentais faire partie de l’histoire, cette petite histoire qui est la nôtre et qui fait que des citoyens vivent le moment présent en vibrant au rythme et au cœur de leur communauté. Tranquillement, pour la première fois de ma vie, je sens des racines me pousser sous les pieds. Le projet prend rapidement forme et de concepts abstraits lancés dans son bureau, le concret se matérialise en une multitude d’activités, de visages et de sourires. Au moment du lancement, j’écris (et me cite) : « À compter de cet automne, le cœur de la ville battra au rythme de 75 activités culturelles et sera illuminé par les éclats de dizaines d’appareils photo. L’activité phare du projet Je suis… vise à photographier le tiers des résidents de Vaudreuil-Dorion, soit quelque 10 000 citoyens. But de cette entreprise « innovatrice, originale et audacieuse », pour reprendre les mots d’Yvon Marcoux, député de Vaudreuil : provoquer des rencontres pour que tous les citoyens de Vaudreuil-Dorion se parlent, échangent et partagent. » Des articles, j’en écris à la dizaine afin de promouvoir le projet et de tenter de le vulgariser comme je le comprenais.

Les années ont passé, ma vie professionnelle a foulé d’autres chemins, le projet Je suis… a grandi, a remporté des prix et a permis à une communauté à un peu mieux se comprendre, à un peu mieux s’apprécier, à avancer, imparfaitement, mais toujours vers l’avant. Une décennie déjà me sépare de ces premiers moments d’effervescence où tout allait vite, les projets, les artistes, la culture, la communauté, les enfants, les années. J’ai eu la chance de collaborer à de magnifiques maillages, je pense principalement ici au projet Pour remonter jusqu’au soleil avec les parents endeuillés. Il y a en a eu d’autres, les Artistes du bonheur, Les soirées jeux, La Bonne femme 7 heures, les souvenirs sont là, précieux, et rien de pourra les effacer.

Avoir un Michel dans sa vie, c’est avoir eu la chance d’être à la bonne place au bon moment. Et cette bonne place et ce bon moment, le Michel dans ma vie a fait le choix de poursuivre ailleurs et de se tourner vers l’avant. La vie est ainsi faite, elle ne fait jamais du surplace et quand vient le temps de tourner la page, il faut garder l’espoir que le prochain chapitre sera encore meilleur. Même quand on a l’impression d’avoir fermé un livre.

Crédit photo : Christian Gonzalez

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