UN CAFÉ, CINQ QUESTIONS : VALÉRIE LANGLAIS
janv
18
2022
UN CAFÉ, CINQ QUESTIONS : VALÉRIE LANGLAIS
mozaik
seperation

par Patrick Richard

Un café, cinq questions est un lieu de discussion où je prends le temps d’un café pour questionner un artiste de Vaudreuil-Dorion, un citoyen, une femme d’affaires ou un barbu circonspect, sur son rapport à la culture à l’aide de cinq questions pas du tout scientifiques en lien avec l’actualité, avec la vie, avec notre place dans l’univers et surtout, avec rien de tout ça. À la dernière gorgée de café, je demande à mon invité de choisir mon prochain invité.

Aujourd’hui, à la demande de Daniel Laramée, je bois presque un café en personne (nous étions à l’aube d’Omicron) avec l’artiste et professeur d’arts, Valérie Langlais.

Qui est-elle?
Arrivée comme enseignante au Chêne-Bleu tout juste un an après l’ouverture officielle de cette nouvelle école secondaire, Valérie Langlais occupe depuis 2004 le poste de professeur en arts plastiques. Il y a 7 ans, elle réalise l’un de ses rêves en participant à la mise en œuvre du programme arts-études. En marge à cette route scolaire, l’artiste poursuit également ses œuvres en peignant et sculptant dans ses rares moments d’accalmie, elle qui crée depuis sa tendre enfance. Motivée depuis l’école secondaire à devenir enseignante, Valérie Langlais sait peut-être plus que quiconque transmettre sa passion aux élèves. Elle a trouvé dans l’art et dans la transmission de sa passion une échappatoire salutaire à ses élans créatifs.

Au fil de votre carrière, quelle est la plus belle chose que vous ayez enseignée aux adolescents?
C’est quelque chose qu’on transmet tous les jours. Mes élèves me disent souvent : vous êtes tellement passionnée! Ça vient me motiver de voir des gens qui sont passionnés pour ce qu’ils font. Si j’avais à choisir quelque chose, ça serait ça : la passion. Aimer ce qu’on fait, c’est quand même important, peu importe la matière. Notre travail, on le fait tout au long de notre vie, si on est dans un travail qu’on déteste, on ne sera jamais heureux. Il y a la persévérance aussi. Il faut être persévérant, il faut être impliqué. Il y a plein de préjugés selon lesquels quand on est en arts, c’est parce qu’on n’est pas bon ailleurs. Mais ce n’est pas vrai. Si on regarde la moyenne des artistes, ce sont des gens qui font le choix pertinemment de s’en aller en arts. Ils avaient le choix. Les arts, c’est autant manuel qu’intellectuel. Ça prend des idées, de la créativité. Essayer de transmettre, c’est important.

Quelle est l’exposition, l’œuvre ou l’événement artistique qui vous a le plus marquée et pourquoi?
C’est difficile d’en choisir une, je suis vraiment un bon public. Je suis quelqu’un de sensible, ça ne m’en prend pas beaucoup. Mais un jour, je suis allée voir une exposition de la sculptrice Louise Bourgeois. On y trouvait des installations sculpturales dans lesquelles on pouvait entrer. Louise Bourgeois a une histoire torturée, sombre. Il y avait des choses en marbre, des mains super réalistes et en même temps, c’était surréaliste dans l’installation. Ça m’impressionne des installations où l’œuvre est tout autour de nous. Quand il y avait eu l’exposition d’Anselm Kiefer aussi, il y avait de la peinture, de la sculpture, c’était un peu brut et ça aussi c’était une histoire un peu noire. Ça me touche beaucoup les artistes torturés même si je ne suis pas comme ça! Mais ça me fascine. J’aime toujours comprendre les démarches, le processus. J’adore la danse aussi, je consomme beaucoup de danse contemporaine. Quand je regarde un spectacle de danse, j’ai plein d’idées, ça stimule ma créativité. J’aurais aimé ça faire ça. C’est une forme d’art que je trouve intéressante à regarder.

Si on vous donnait un budget illimité pour réaliser l’œuvre de votre choix, qu’est-ce que vous aimeriez créer?
Deux choses. Je pense que j’aimerais pouvoir faire comme je le disais tantôt avec Louise Bourgeois, des installations avec des pièces dans lesquelles on peut entrer. Une installation qui prend toute une pièce, quelque chose de gros comme ça, une œuvre complète qui englobe le spectateur. Ou bien tenter une œuvre monumentale, faire un immense bronze, le processus m’intéresse beaucoup, la technique, mais ça coûte super cher! J’aimerais pouvoir participer au processus. Mais je ne voudrais pas arrêter d’enseigner juste pour faire de la création. J’ai besoin des deux.

Une chanson, un livre et un film sur une île déserte.
Musique
J’écoute beaucoup de musique classique des temps-ci. Je choisirais Alexandre Stréliski et son album In scape. Aussi, Harmonium avec Histoire sans paroles. Mais si j’avais une seule chanson à apporter, c’est un peu cucu, mais c’est Lâche pas de Marjo.

Film
Le fabuleux destin d’Amélie Poulain

Livre
Les livres les plus usés chez nous sont les Harry Potter, je les ai lus une dizaine de fois. Quand je les lis, je me sens comme à la maison. Sinon, Amélie Nothomb. J’ai tous ses livres.

Si cela était possible, qu’aimeriez-vous dire à la petite Valérie de 5, 15 ou 25 ans?
Je ne suis même pas sûre qu’elle m’écouterait, surtout pas au secondaire, je n’écoutais pas grand monde. J’étais un peu le centre de l’univers. Je ne sais pas ce que je lui dirais. Mais si je pouvais refaire des choses, je m’appliquerais plus dans mes études. Ça m’aurait ouvert plus de portes. J’étais bonne à l’école, mais je ne me forçais pas. Peut-être oser plus, notamment quand je suis sortie de la création à l’université. Je trouve ça difficile de répondre, mais me connaissant, je ne pense pas que je me serais écoutée. En même temps, je ne sais pas ce que je changerais. Ce que j’ai fait, je l’ai fait, j’ai suivi mon chemin. Je n’ai pas de regret sur ma vie en général.

Au crépuscule de cette rencontre sans café, Valérie Langlais m’invite vers ma prochaine invitée, l’artiste mosaïste, Monica Brinkman.

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