SUITE INTERROMPUE
mars
15
2021
SUITE INTERROMPUE
mozaik
seperation

Formes brèves par Nane Couzier

La version initiale de cette suite, dont les éléments s’articulent au Calepin d’un flâneur de Félix Leclerc, a été produite en mai 2018 dans le cadre d’une résidence d’artiste à la Maison Félix-Leclerc de Vaudreuil-Dorion. La suite fut exposée en tant qu’épreuve de laboratoire lors d’un dévoilement invitant le public à une lecture promenade le long d’un livre décousu – installation de feuilles volantes sur panneaux.

Extraits I

C’est un homme simple, un homme de la terre, un homme à la voix grave, puissante et caverneuse. Il habite une vie sobre, au bord de l’eau ; c’est là qu’il écrit – de grandes histoires pour les grands, de petites pour les petits. Parfois il chante, gratte la guitare ; d’autres fois il voyage, parcourt le monde. Dans son pays on le surnomme le Bienheureux.

J’étais étudiante. Étrangère à la ville que j’avais pourtant choisie. Un dimanche à la sortie du cinéma, une gitane m’aborde en soulevant mon poignet. « Je lis dans ta main ? ». Elle a lu, relu en ouvrant bien ma paume, silencieuse, hochant la tête et me regardant par en dessous, puis ne m’a rien dévoilé de sa lecture. Je lui ai quand même acheté un panier tressé que j’ai trimballé d’un pays à l’autre. Avait-elle vu, déjà, dans ma main, « le bout cassé de tous les chemins » ? (Hector de Saint-Denys Garneau)

Même les sans-abri se chargent d’un tas de trucs dont ils ne se départissent jamais. Landau, caddie, poussette, valise à roulettes, triporteur branlant, chariot de supermarché, tout ce à quoi l’on peut s’accrocher leur est bon pour tirer ou pousser le peu qu’ils possèdent.

Jamais vu encore de marmotte patauger aussi allègrement dans les mares laissées par la pluie. Mâtinée de loutre, celle qui squatte la grange cette année ?

Des talons claquent dans l’escalier, des meubles qu’on traîne font un bruit de tonnerre à l’étage au-dessus, une laveuse s’ébroue à intervalles réguliers, un voisin y va de sa scie électrique, un autre joue du marteau, des passants s’engueulent sur la rue… Souvenir d’un jour d’été à Nice.

Quelques voiles sur le lac. Les oies font la sieste dans le pré, non loin des fleurs de tussilage qui tapissent le talus. Les saules n’ont pas encore sorti leurs feuilles… je crains pour les premiers nids.

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