Premier jour : dimanche ou lundi
avr.
17
2020
Premier jour : dimanche ou lundi
mozaik
seperation

Premier jour : lundi

Aujourd’hui, je me suis levé, convaincu que nous étions hier. J’ai tout de suite vérifié sur mon calendrier. Je me croyais dimanche. Je suis lundi. Le temps se serait-il brusquement arrêté? Les jours de confinement s’embrouillent. Suis-je désormais condamné à répéter à l’infini les gestes que j’ai posés hier?

Je ne me sens plus seulement confiné dans l’espace, mais aussi désormais dans le temps. Aux confins du Temps? S’il n’y a pas d’hier, ni d’aujourd’hui, comment vais-je reconnaître demain?

Dans mon atelier, reconverti en véhicule de survie, le seul endroit où je suis apte à vivre actuellement un confinement, je suis bien conscient de « mon » espace. On dit que là-bas, au-dehors, tous les gens sont confinés. Je me demande par rapport à quoi. Le virus meurtrier est là. Parmi eux.  Ils sont confinés comme dans un CHSLD, obligés de cohabiter avec lui, au risque d’une inévitable extermination.

« Si le Temps s’arrêtait, que feriez-vous? », m’avait demandé, il y a quelque temps, une journaliste. Perplexe, j’avais marmonné que je ferais enfin ce que j’ai toujours voulu faire : écrire! Est-ce donc que je ne l’avais pas avant? Ou alors je ne s’imaginais pas faire autrement au moment où ce dernier m’a posé la question.

Est-ce normal de perdre la notion du Temps après avoir perdu la notion d’Espace? Car voilà plus d’un mois que nous sommes en soi-disant confinement. Nous les Terriens. Les pays, le Québec, le Canada, les continents,  l’Amérique, l’Asie, l’Europe. Quasiment toute la planète, histoire de faire échec à un coronavirus meurtrier. Nous sommes en confinement, mais c’est le premier jour, aujourd’hui, où je comprends que nous ne sommes pas seulement confinés à un espace particulier, à un territoire défini. Nous sommes confinés sur une planète entière. Et qu’on le veuille ou pas, on aura beau sortir de nos maisons, de nos villes et villages, de nos frontières naturelles ou politiques, nous serons toujours confinés sans confins. Qui plus est, pour mieux nous désorienter, le fameux virus nous ferait perdre l’ouïe et l’odorat.

Au-delà de notre soi-disant confinement, c’est l’espace sidéral. Peut-être y a-t-il  d’autres planètes habitées quelque part, mais nos astrophysiciens, même s’ils s’en doutent (par l’absurde, il ne peut pas ne pas y en avoir) n’en ont cependant jamais observées. Ne pouvant me réfugier sur une quelconque navette ou astéroïde , j’en suis venu à imaginer que mon atelier est mon dernier retranchement . Mon confinement n’a plus ni nord, ni sud, ni est ni ouest. Je suis totalement déboussolé. Ma tanière imaginaire me permet tout au moins de naviguer et respirer sans masque. Je suis seul à bord.

En ce lundi donc, premier jour de mon confinement spatio-temporel, je préconise la rédaction d’un poème. Pas trop long. C’est dur écrire un poème. Ça prend du temps. Et comme la journée risque de s’éterniser, j’en appelle à votre patience.

 

J’ai la Terre à l’envers
Qui ne sait plus
Où donner de la tête

Le coronavirus
Lui a déclaré la guerre
Et rien ne l’arrête

Est-il encore possible
De fuir cette tempête
Il est peut-être déjà trop tard

Pitié pour nous, vieillards
Si nous ne partons pas
Le tueur va nous faucher

par Jean-Noël Bilodeau

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