Journal d’un confiné sans confins (4)
juin
05
2020
Journal d’un confiné sans confins (4)
mozaik
seperation

Par Jean-Noël Bilodeau

 

Balado de la pandémie

 

L’idée m’effraie. Je ne parle pas. J’écris. Mais puisque les temps changent, je dois désormais me faire à l’idée que la chose écrite doit aussi se dire. Et pas n’importe comment. Se dire dans le style de ce qui se dit aujourd’hui.

 

La poésie, c’est le slam, le rap,

Le spoken word, la performance.

Celle du son, celle du « je te parle donc je suis »

Si tu veux pas que la poésie t’ennuie

Si tu veux pas que la poésie te crée d’ennuis

Si tu veux pas que la poésie reste dans tes tiroirs

Si tu veux pas que la poésie croupisse dans les dépotoirs

Des éditeurs qui ne publient pas les rimeurs décantatoires

 

Si tu veux pas que ta poésie reste en marge de la vie

Si tu veux pas que la poésie te fasse perdre ton temps pi l’appétit

Si tu veux des lecteurs qui ne lisent plus que le numérique

Si tu veux poétiser dans les modes électroniques

Il n’y a rien de honteux; tu dois être catégorique

Il faut poète que tu entres, visière baissée,

Dans l’ère post-pandémique

 

Ta voix masquée ne doit pas cependant te faire oublier

Les mots anciens, les témoignages passés

La « rose qui ce matin avaient desclose » de Du Bellay

Les vers de Ronsard, de Villon, de Baudelaire

Les violons de Verlaine, les voyelles de Rimbaud

Le vaisseau ivre de Nelligan, les courtepointes de Miron

Les fils déchus de race surhumaine d’Alfred Desrochers

Les artistes du refus global de Borduas de Riopelle

L’orignal épormyable de Claude Gauvreau et

Le Speak White de Michèle Lalonde

 

Ta voix au-delà du temps d’ici

Ta voix masquée ta voix enfouie

Doit continuer de dire oui

Oui à l’indignation

Oui à la révolution

Ta voix doit raconter les cris et les pleurs des insurgés

Des réfugiés affamés du Yémen du Myanmar

Des peuples appauvris bafoués endettés

De la Terre conquise et colonisée

 

Ta voix doit continuer de crier

Non à l’oppression, non à l’esclavage

Non aux machiavels du FMI,

Aux idéologues des trusts et des banques

Aux guerres, aux violences, aux tortures infâmes

Aux armes brandies des sectaires sociopathes

Aux diktas des tyrans phallocrates

 

Non à l’exclusion

À la mondialisation de la pauvreté

Au conformisme

À la répression des libertés

 

Ta voix doit continuer à dénoncer

Les pouvoirs obscurs

Des harceleurs des intolérants

Des usurpateurs des médisants

 

Ta voix doit continuer de revendiquer

L’amour la différence

La compassion la chaleur humaine

De dire oui à la fête à l’imaginaire

Aux sensations magiques

Aux odeurs au bonheur

Aux parfums aux couleurs

Aux chants à la musique

Au goût des choses dites

Au plaisir de sentir ta main sur mon épaule

L’étreinte de nos bras amoureux

 

Poète tu dois rouvrir les yeux clos

De nos indifférences

Et dire tout haut

Nos impatiences

Tu dois sauter à pieds joints

Dans la Beauté et la Vie

Et libérer l’Esprit de nos origines

 

Le vrai prix à payer de la Poésie

Le devoir de solidarité accompli

Vérité et Justice pour toutes et tous

 

2020

 

Crédit photo : Christian Gonzalez

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