Journal d’un confiné sans confins (1)
avr.
24
2020
Journal d’un confiné sans confins (1)
mozaik
seperation

Par Jean-Noël Bilodeau

Deuxième jour : les rêves pandémiques

Il y avait plusieurs jours que j’éprouvais de la difficulté à dormir. J’avais beau me coucher à des heures différentes, rien à faire, à l’idée de savoir que je n’avais rien à mon agenda du lendemain, on aurait dit que j’avais perdu jusqu’à la volonté de dormir, encore moins de m’éveiller.

J’avais les yeux aussi cernés que pouvait l’être ma tasse de café mal lavée que j’avais laissé la veille traîner par paresse dans mon évier. À force de passer des journées assis devant la télé ou debout face à la fenêtre, à attendre que ça passe, que ça finira par ben aller, mais qu’au fond, on sait bien que ça va mal, les vieux m’auraient diagnostiqué neurasthénique. D’où ma perte de sommeil, mes insomnies à toutes heures de la nuit, mes rhumatismes résurgents et mes pensées noires.

Jusqu’à avant-hier. Tout à coup, j’ai dormi là une nuit complète. Sans pensées noires, sans réveil subit. Une vraie nuit. Tellement que j’ai même rêvé. Comme dans le bon vieux temps. Celui d’avant le confinement.

Et hier, même chose. J’ai dormi comme un bébé, les deux poings fermés, presque en position fœtale. Une deuxième nuit magnifique, sereine, bienfaisante. Et, pour une deuxième nuit, le bonus d’un deuxième rêve.

Ç’avait beau être des rêves. Ils étaient bizarres. On n’aurait pas dit des rêves tellement c’était collé à ma réalité.

Le premier fut assez facile à décoder. J’avais rêvé que j’étais parti en voyage pour rejoindre des amis. Subitement, sur une autoroute quasi déserte, la voiture a une panne. Après avoir tout tenté pour la redémarrer, je dois me résoudre à la laisser sur le bord de la chaussée et à partir à pied pour chercher de l’aide. Quelques kilomètres plus loin, j’aperçois de la lumière. C’est celle d’une station-service. J’y cours. Le propriétaire, voyant mon désarroi, démarre sa dépanneuse et nous partons chercher mon véhicule. Mais, arrivé sur les lieux de la panne, on aura eu beau chercher partout, la voiture était disparue… Pas de chance, c’est le moment où je me suis réveillé!

Le rêve de la panne, c’est facile à décoder, aurait dit Freud à une époque où les voitures étaient hippomobiles. Pour moi, ce rêve colle à la réalité de notre confinement. Notre société est en panne. Ça explique la panne de ma voiture. J’ai eu un peu plus de difficulté pour interpréter la disparition de la voiture, mais je me suis dit que c’était sûrement une lueur d’espoir. La cause est disparue de la même façon que le coronavirus va disparaître. Sans laisser de traces. Nous sommes sauvés, aurait dit mon savant confrère de l’autre époque.

Le second rêve m’a toutefois rendu perplexe. Encore sous l’effet rassurant de mon premier rêve, je ne me suis pas méfié. J’aurais dû. Les rêves peuvent parfois jouer des tours, surtout en période de confinement.

Cette fois, je rêve que je suis sur le point de m’éveiller, lorsque j’entends des pas sur ma galerie, des pas comme ceux d’un facteur. Des petits pas rapides qui arrivent et qui repartent aussitôt. Mais un facteur ne fait pas sa ronde aussi tôt dans la matinée. Je sors de ma chambre et je me rends à la porte d’entrée. Quelqu’un a collé un papier sur la vitre. J’ouvre, le déplie et j’essaie de lire. Je n’avais pas mes lunettes. Je vais les chercher et je tente une nouvelle fois de le lire. C’est curieux. Il y a des phrases en différents caractères et en différentes langues. Je finis par retrouver des mots familiers et je lis que « dans les prochains jours je recevrais une trousse de médicaments et de vaccins, qui vont nous aider à passer les…. » Puis je ne peux plus lire. Et les caractères disparaissent à mesure que je tente de les lire. Qu’est-ce que ça veut dire? Je retourne à l’entrée. Je regarde chez mes voisins et je vois qu’ils ont tous reçu le même avis… Je referme la porte. Je me réveille. En sursaut, cherchant mes lunettes.

J’aime autant ne pas interpréter ce deuxième rêve. Qu’est-ce que cette histoire de ne pas avoir dit pour combien de temps… on aurait besoin de la fameuse trousse?

En m’éveillant, je comprends qu’elle n’existe même pas! J’ai cherché l’avis. Je ne l’ai pas trouvé. Je suis retourné ouvrir la porte et j’ai bien vu qu’il n’y avait pas non plus d’avis aux autres portes de la rue. Un mauvais rêve quoi, un rêve pandémique!

 

Poème du deuxième jour :

 

 Il recevait en plein front

Les coups de matraque

De l’imaginaire

 

Des diètes hallucinogènes

Culbutaient son monde

À l’envers

 

Il cherchait le sens

Des rythmes mystérieux

Qui crépitaient

Dans ses tympans

 

Ses narines humaient

Les parfums envoûtants

Qui surgissaient

Du printemps de la terre

 

Il se sentait seul

seperation

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