Histoires de gars
déc.
01
2019
Histoires de gars
mozaik
seperation

Il y a une histoire qui circule dans ma famille. Un de mes ancêtres aurait travaillé au début du XXe siècle en Haute-Mauricie dans l’industrie forestière. Était-il bûcheron? Était-il draveur? Était-il contremaître? Je n’en sais rien. Ce qu’on m’a raconté, c’est qu’un jour, alors que la route était impraticable et qu’il devait se rendre d’urgence dans un hôpital pour se faire soigner, un Amérindien l’a pris en charge, l’a couché sur des fourrures au fond de son canot et, ensemble, ils ont quitté le camp pour se rendre à Shawinigan en descendant la rivière Saint-Maurice.

C’est à cet ancêtre que j’ai pensé quand j’ai eu en main le livre « Ce maudit soleil » écrit par Marcel Godin, cousin du poète Gérald Godin et ministre sous le gouvernement Lévesque. Sur la quatrième de couverture, on y lit que l’intrigue du roman se passe dans un camp forestier de la Haute-Mauricie en 1940. Il n’en fallait pas plus pour que je me retrouve assis dans mon fauteuil préféré à dévorer cette petite plaquette de cent quelques pages, absorbé par cet univers d’hommes prisonniers de la forêt, prisonniers des autres hommes et surtout prisonniers d’eux-mêmes. Et parmi eux… une femme, une seule, la fille du « cook ».

C’est à travers le regard du jeune commis du camp que les drames se resserreront comme un implacable étau sur cette communauté fruste. Celui-ci passera de l’observateur passif à l’un des acteurs principaux d’une tragédie dont on devine dès le départ qui sera la grande victime.

Rien ici n’est magnifié. La vie décrite y est cruelle et crue. L’isolement des lieux, les épinettes qui ceinturent le camp comme les barreaux d’une cellule, et ce soleil, ce maudit soleil, témoin de la brutalité des désirs et de la sauvagerie des hommes, tout nous ramène violemment à l’ABC de l’être humain : la vie, le sexe, la mort. Et ces hommes, pour la plupart, ne réussiront pas à rajouter de lettres à leur alphabet.

Avec son style étonnamment moderne, difficile de croire que ce roman a été publié en 1965.

Stanley Péan a écrit qu’il s’agissait d’un « classique méconnu de notre littérature ». À vous de le découvrir.

L’usager.

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