Exorciser novembre
nov.
03
2020
Exorciser novembre
mozaik
seperation

Par Patrick Richard
À une certaine époque, avec des amis prêts à tout pour créer des souvenirs mémorables, nous exorcisions le mois de novembre en vivant, le 1
er du mois, une journée volontairement ennuyante, triste et désagréable. En un mot, le 1er mai, situé à l’opposé, représentait notre but ultime : fin de session universitaire, renaissance du printemps, liberté éthylique de jeunes adultes insouciants. Six mois séparent le 1er novembre du 1er mai. Nous sommes à 180 quelques jours de notre but. Pour éviter que le mois de novembre ne paraisse trop long et ennuyeux, nous passions le 1er à faire notre possible pour vivre la journée la plus plate de l’année. Au menu :

– Dormir sur la galerie d’un ami avec quelques couvertures trouées ou sommeiller à l’intérieur vêtu d’un habit propre (en ayant pris soin de mettre le cadran à 3 h 06 de la nuit pour aucune raison).
– Se réveiller trop tôt au son strident du cadran et sitôt levé, sans déjeuner ni se doucher, prendre un quelconque transport en commun avec un sac encombré d’objets lourds et inutiles (un livre universitaire de chimie s’avère un très bon choix).
– Se diriger vers a) la cafétéria d’un hôpital pour manger une (et une seule) rôtie froide ou b) vers l’est de la ville de Montréal là où se trouvent les raffineries afin d’aller manger un hot chicken préparé la veille sur un terrain vague et non propice à un pique-nique.
– Emprunter plusieurs transports sans but (dont la ligne verte du métro de Montréal de la station Honoré-Beaugrand à Angrignon) en écoutant en boucle l’audio d’un des pires navets du cinéma québécois, soit Angelo, Fredo et Roméo.
– Trouver une artère commerciale délabrée pour y flâner sans parler et visiter des boutiques qui ne nous intéressaient pas (pour trois gars, les boutiques de lingerie féminine font parfaitement l’affaire).
– Poursuivre ainsi la journée sans but, sans discuter, en écoutant l’audio d’un film désolant dans les oreilles jusqu’à ce que nous nous séparions sans même nous en apercevoir pour terminer la journée chacun chez soi.

Vingt ans plus tard, les choses ont bien changé. Au-delà de la pandémie, nous pouvons voir novembre avec différentes lunettes : celle montrant un mois à exorciser en accomplissant des tâches inutiles et ennuyeuses, celle d’un mois à exorciser par la beauté culturelle qui nous entoure.

Si vous avez peur de manquer de lumière dans les prochains jours, si la pandémie et le confinement vous pèsent, si l’actualité mine votre paix intérieure, n’allez pas manger un hot chicken à l’ombre d’une raffinerie ni passer la journée à écouter l’audio d’un film médiocre. Inspirez-vous avec l’art, avec les créations de nos artistes qui sont les plus belles lumières qui soient quand la noirceur s’installe trop longtemps. Elles sont visibles à la tour d’eau à Vaudreuil-Dorion, sur le mur tout près de l’ancien hôtel de ville sur l’avenue Saint-Charles, sur les trottoirs de la ville avec les mots MOSA de nos poètes s’effaçant lentement. Si vous ne sortez plus du tout de chez vous, consultez Mozaik, le diffuseur culturel de notre ville, ou rendez-vous sur les réseaux sociaux où les artistes de la région publient régulièrement leur talent en photos, en images, en mots. Je ne donne aucun nom, vous le trouverez si vous cherchez intuitivement à exorciser novembre par l’art et la beauté.

Un petit mot sur la photo accompagnant ce texte : elle fait partie de mon album des pires photos prises à l’époque où j’exorcisais novembre en cherchant l’inconfortable. Novembre 1997, devant un rideau de douche, le visage embrouillé.

Suivez-nous, novembre ne fait que commencer!

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