UN CAFÉ, CINQ QUESTIONS : RODRIGO DONOSO
mai
03
2022
UN CAFÉ, CINQ QUESTIONS : RODRIGO DONOSO
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Par Patrick Richard

Un café, cinq questions est un lieu de discussion où je prends le temps d’un café pour questionner un artiste de Vaudreuil-Dorion, un citoyen, une femme d’affaires ou un barbu circonspect, sur son rapport à la culture à l’aide de cinq questions pas du tout scientifiques en lien avec l’actualité, avec la vie, avec notre place dans l’univers et surtout, avec rien de tout ça. À la dernière gorgée de café, je demande à mon invité de choisir mon prochain invité.

Aujourd’hui, à la demande de Nicolas Sorin Novac, je bois un très grand chai latte avec l’artiste-peintre, Rodrigo Donoso.

À l’âge d’un an et demi, Rodrigo Donoso fuit la jeune dictature de Pinochet au Chili avec son frère, sa sœur et ses deux parents. Comme bien des immigrants dans l’obligation de se déraciner, les Donoso connaissent des débuts difficiles et Rodrigo rêve du jour où il sera un artiste. Il ne sait cependant pas encore qu’il l’est déjà. Pour s’en convaincre, il se développe des goûts pour l’écriture, la photographie, la musique et la peinture et, à l’âge de 18 ans, il publie un premier recueil de poésie. Plus que tout, les toiles et les spatules l’appellent et l’attirent. À l’aube de la trentaine, il s’investit alors à fond dans l’art abstrait et cherche maintenant aujourd’hui l’équilibre qui lui permettra de peindre davantage, voire tout le temps. Rencontre avec un artiste autodidacte qui porte en lui un profond message de justice et de paix.

Quelle place prend l’art dans votre vie, votre temps, votre cœur et votre esprit?

Je rêve de faire ça tout le temps. Je suis toujours inspiré, j’ai tout le temps de quoi à peindre et à dire. C’est libérateur et ça me fait du bien. Les gens achètent mes toiles, je peux faire quelque chose que les gens aiment, achètent, c’est extraordinaire! Mais je dois aussi travailler. Et quand je délaisse ça, ça me rend malheureux. Toute ma vie ç’a été un combat. Je vends plusieurs toiles, mais pas assez pour en vivre.

Quel objet vous représente le mieux et pourquoi?

Quand je voyageais beaucoup, il me fallait toujours un crayon et du papier pour écrire. Je peux griffonner n’importe quand, j’ai des idées. Parfois ça restait des écrits que je gardais, d’autres fois, ce même texte-là, je le transposais en peinture. Mais avoir du matériel pour peindre aujourd’hui, c’est précieux pour moi. J’ai tellement attendu ce temps-là. Plus jeune, je me disais : « Un jour, je vais peindre. » C’était en moi. Mais je n’avais pas le matériel. Aujourd’hui, j’ai tout ce qu’il faut je peux peindre quand je veux et ce que je veux. J’aime les punchs de couleur avec des pigments purs, je peins beaucoup à la spatule, ce que je crée est très organique, j’utilise le plus souvent les matières bios et recyclées. Tout mon matériel pour peindre, je ne peux pas me passer de ça. Je ne voudrais plus jamais en manquer et me retrouver à en rêver comme quand j’étais enfant.

On vous donne l’occasion de parler devant une foule (vous êtes d’ailleurs très éloquent et des plus à l’aise) et ce que vous direz aura un impact assuré sur ces gens. Quel message livreriez-vous?

Ce serait un message de paix probablement. Si je réussissais à faire un beau message de paix qui changerait même le parcours des gens, j’aimerais ça. Dans la vie, les personnes qui m’ont le plus touché, ce sont des personnes avec des messages de paix. Tout petit, j’allais à la bibliothèque, je lisais du Martin Luther King pour enfant, j’ai lu tous les livres Un bon exemple de. C’est comme si j’avais ça en dedans de moi. Je n’aime pas l’injustice. Quand j’ai vu ce que les Noirs vivaient dans ces temps-là, ça m’avait beaucoup marqué. Ça me touche les gens qui prennent la voie pacifique pour changer les choses, c’est tellement beau.

Une citation, une chanson, un livre et un film sur une île déserte.

Citation
« Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde », de Gandhi
Chanson
Pour les paroles, Francis Cabrel m’a beaucoup touché. Pour la musique, Pink Floyd a été le groupe de tous les temps qui venait me chercher. Mais tout dépend dans quel état je suis.
Livre
L’alchimiste, de Paulo Coelho. C’est le livre qui a fait que j’ai eu l’amour pour les livres après.
Film
J’aime beaucoup le cinéma, j’écoute beaucoup de films de répertoire. J’aime le cinéma mexicain et un film que j’ai particulièrement aimé parce qu’il raconte l’histoire du Chili est Mon ami Machuca.

En quoi l’art peut-il nous rendre plus heureux?

L’art vient compléter un côté de nous qu’on oublie, c’est quasiment le côté enfant qu’on laisse tomber quand on devient adulte. En devenant adulte, on l’oublie, mais il est là quelque part, et dans l’art, on peut aller explorer de façon infantile, si on peut dire. Je peux m’abandonner devant une peinture ou une musique, j’oublie le temps, j’oublie mon âge, j’oublie mes problèmes, je deviens un peu comme un enfant insouciant. Il n’y a plus rien d’important, demain c’est demain. Moi ça me fait ça, ça me fait oublier le temps. Ce n’est pas nécessairement une échappatoire, mais c’est de regarder l’art avec des yeux que tu n’as plus dans la vie de tous les jours. Tu es là, dans le moment présent et tu arrives à savourer. Tu oublies tous tes problèmes. J’apprécie toujours quand je vais m’évader dans un musée, une exposition. Tu descends d’un cran. Un petit café, une petite bière, puis on respire. La vie va trop vite. Ça nous permet d’arrêter, de prendre le temps de s’arrêter.

Cette conversation se poursuit dans un silence qui n’a plus besoin de mots jusqu’à ce que le nom de l’artiste Sophie Levac vienne résonner comme figure de ma prochaine invitée.

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