UN CAFÉ, CINQ QUESTIONS : DANIEL LARAMÉE
déc.
02
2021
UN CAFÉ, CINQ QUESTIONS : DANIEL LARAMÉE
mozaik
seperation

par Patrick Richard

Un café, cinq questions est un lieu de discussion où je prends le temps d’un café pour questionner un artiste de Vaudreuil-Dorion, un citoyen, une femme d’affaires ou un barbu circonspect, sur son rapport à la culture à l’aide de cinq questions pas du tout scientifiques en lien avec l’actualité, avec la vie, avec notre place dans l’univers et surtout, avec rien de tout ça. À la dernière gorgée de café, je demande à mon invité de choisir mon prochain invité.

Aujourd’hui, à la demande de Michel Sauvé, je bois un café au téléphone avec l’artiste-sculpteur, Daniel Laramée. L’unique.

Qui est-il?
Allumé par l’art à l’occasion d’un reportage sur le peintre canadien Cornélius Kreighoff qui passait à la défunte émission Les beaux dimanches sur la télé noir et blanc posée sur le comptoir de sa cuisine dans le quartier Ahuntsic, Daniel Laramée parcourt sa route comme éducateur spécialisé et la poursuit aujourd’hui dans son atelier. Depuis ce jour d’adolescence, l’aimant de l’art en général et de la sculpture en particulier l’attire au point où l’homme façonne ses pièces d’argile en ne voyant plus le temps passer. C’est à peine si les échos de la pandémie sont venus jusqu’à lui. Il crée à partir de ce qu’il observe, il modèle ses pièces en s’inspirant du quotidien et s’installe dans son repère pour écouter la terre. On lui permet une pause dans sa création en lui suggérant cinq questions auxquelles il répond avec l’originalité et la sincérité qu’on lui connaît.

À quoi doit-on renoncer pour devenir sculpteur?

Question étrange, pourquoi renoncer? Pourquoi j’aurais à renoncer à quelque chose d’autre? Je vais m’ajuster. C’est même le contraire, la sculpture t’allume, Et de façon concrète, elle m’a fait voyager, elle m’a fait découvrir d’autres choses, mais on ne renonce à rien.

Si vous aviez tous les leviers et toutes les possibilités, quelle pièce façonneriez-vous, à quel endroit serait-elle posée et pour qui la feriez-vous?

Pendant la pandémie, j’ai fait une sculpture que j’ai appelé La part des anges. Cette sculpture a été faite pendant le premier confinement avec tout ce qu’on entendait à la télé avec les reportages de M. Legault sur les anges gardiens. Moi ma question était : qui s’occupe d’eux? Tu vois les infirmières, tu vois les préposés, ceux qui travaillent dans les CHSLD, dans les hôpitaux et qui sont épuisées, qui sont à plat, y’en a même qui en sont décédés, pour moi, c’était ça la question : qui s’occupe d’eux? De là, j’ai créé une pièce qui représente un travailleur de la santé assis par terre, épuisé avec les ailes complètement écrasées. Je l’ai fait couler en bronze, j’ai envoyé une photo de mon bronze à la députée Marilyne Picard pour qu’elle la fasse suivre à M. Legault. Je n’ai aucune idée s’il la déjà vue. Elle m’a simplement écrit qu’elle la trouvait bien belle et qu’elle voulait que je l’informe si je faisais une exposition pour qu’elle vienne faire son tour. Je n’en ai jamais eu d’autre nouvelle. Je ne suis pas business, je ne suis pas affaires, je n’ai aucune idée à qui m’adresser pour que cette pièce devienne une sculpture monumentale dédiée aux gens de la santé.

Un coup que ta pièce originale est faite, c’est facile de la transformer en pièce monumentale. Il faut du financement, il faut un endroit pour l’installer. Si jamais par ton écriture il y a des gens qui ont des moyens financiers ou des gens qui ont des connaissances ou des contacts, je serais très ouvert!

À quoi ressemble une journée de création dans la vie de Daniel Laramée?

Présentement, on parle d’une semaine de création. Je reçois trois groupes, je donne neuf heures d’ateliers par semaine. Après ça, pour ce qui est de la création, je papillonne, je démarre une pièce sans avoir aucune idée du résultat final. C’est ce que j’ai toujours appelé : écouter la terre. Je monte ce qu’on j’appelle un gombi d’argile, c’est un personnage sur deux pattes, je pars toujours avec une forme similaire à ça. Et de là, ça vient tout seul. Y’a toujours un personnage qui arrive selon qui j’ai croisé, selon ce que j’ai entendu. C’est du laisser-aller, c’est de lâcher prise.

Un film, une musique et un livre sur une île déserte

Ce sont tous des gens qui racontent le monde…
Film
Toute une vie de Claude Lelouch (sur l’histoire du cinéma avec l’histoire de deux familles en parallèle). Ça résume l’importance de la vie, de l’existence.
Musique
C’est Sylvain Lelièvre, c’est Claude Léveillé, c’est Félix Leclerc, c’est Les Charbonniers de l’enfer, c’est tous des gens qui racontent le monde de chez nous.
Livre
Louise Tremblay et Michel Langlois, deux Québécois avec des romans à portée historique.

En quoi l’art peut-il nous rendre plus heureux?

Dans mon cas, c’est ce qui me permet de m’exprimer, c’est ce qui me permet de dire ce que j’ai à dire. Tu flottes quand tu es en train de travailler. L’art, c’est le lâcher-prise. Je ne sais pas comment dire autrement.

Au fil d’arrivée de cette rencontre trop courte, Daniel Laramée m’invite vers ma prochaine invitée, l’artiste-peintre et professeure d’arts plastiques, Valérie Langlois.

 

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