Un café, cinq questions : Anne-Marie Léveillé
mai
23
2021
Un café, cinq questions : Anne-Marie Léveillé
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par Patrick Richard

Un café, cinq questions est un lieu de discussion où je prends le temps d’un café pour questionner un artiste de Vaudreuil-Dorion, un citoyen, une femme d’affaires ou un barbu circonspect, sur son rapport à la culture à l’aide de cinq questions pas du tout scientifiques en lien avec l’actualité, avec la vie, avec notre place dans l’univers et surtout, avec rien de tout ça. À la dernière gorgée de café, je demande à mon invité de choisir mon prochain invité.

Aujourd’hui, à la demande de Marthe Villeneuve, je termine de boire un café en parlant au téléphone avec pas de masque avec l’artiste Anne-Marie Léveillé dont la philosophie de vie sert extrêmement bien la période particulière que nous visons actuellement.

Qui est-elle?

Dès son plus jeune âge, elle façonne diverses formes les deux mains plongées dans la glaise et devient celle à qui on demande de dessiner au tableau dans ses classes du primaire et du secondaire. Elle fait carrière en éducation, notamment comme enseignante et conseillère, et c’est surtout comme directrice qu’elle trace une route qui en influencera plusieurs. Tout au long de son parcours, elle nourrit sa passion pour l’art en illustrant des manuels scolaires et aussi en écrivant et en réalisant des sculptures et des murales. Celle qui a cofondé le regroupement Traidartiste passe sa retraite à peindre, à jouer de la clarinette et de la guitare et à écrire un livre sur la construction de la voie maritime du Saint-Laurent. Sa créativité est nourrie par un humanisme reposant sur les thématiques de l’isolement, de la séparation, de la joie de vivre et du bien-être. Elle vit le moment présent, elle redonne parce qu’elle considère qu’elle a beaucoup reçu et comme elle le dit si bien, elle devient tranquillement celle qu’elle a toujours été.

À quel moment avez-vous su, compris ou choisi d’être une artiste?
C’est difficile de mettre le doigt dessus. Être artiste est un cheminement. C’est un cheminement humain qui n’arrête pas, qui prend différentes formes, mais qui continue toujours. Depuis que je joue avec la glaise, depuis mon bas âge, j’en ai toujours fait. Ça vient me chercher toujours. Être artiste, c’est avoir les yeux sur le monde et c’est à moi d’apprécier ce qui se passe autour, vivre intensément notre vie quotidienne et exprimer ce qu’on ressent. Et ça n’arrête pas. Ça peut changer de forme, dernièrement c’est la musique. Mais il y a toujours l’art présent chez moi. Je vis une transformation continuelle.

Si vous étiez en tête-à-tête avec un haut dirigeant politique, par exemple le premier ministre, que lui diriez-vous pour vendre l’idée que l’art et la culture sont un service essentiel?
Je suis certaine qu’il est très au courant. Je commencerais par exprimer les différentes formes d’art : l’art visuel, la sculpture, la musique, l’architecture, le théâtre, la danse, la mode, la littérature. Avec cette personne, dans son bureau, on ferait un tour de son espace pour constater que tout ce qui est autour de lui, il y a un artiste qui y a contribué. Que ce soit ses toiles aux murs, ses livres de lecture sur son bureau, la pièce de théâtre vue la semaine dernière, ses meubles, tout est un reflet de la contribution d’artistes qui y ont mis la main. Si on parle de culture, la culture pour moi est une collection de richesse de notre communauté. Chaque communauté a sa culture parce que chaque communauté a sa collection. Les artistes racontent l’histoire de leur communauté, ils peuvent documenter notre héritage, ils réfléchissent à la société, ils nous aident à comprendre, ils créent des liens, ils changent notre façon de penser et nous aident à développer d’autres aptitudes. On comprend mieux qui on est à travers le moyen que les artistes utilisent pour s’exprimer. Pour moi, c’est un service essentiel, sinon on a de la difficulté à créer des liens, à comprendre notre société. Ça semble abstrait, mais c’est très concret, je le vois tous les jours. L’art et la culture sont liés et sont essentiels. Vivre une journée sans artiste, je me demande quel genre de journée nous passerions.

On vous donne la chance de retourner dans le temps pour vivre un événement historique de votre choix et y participer. Où iriez-vous et pourquoi?

J’ai de la difficulté à retourner dans le passé, je vis dans le présent, mais j’apprécie beaucoup l’art égyptien à cause de ses formes épurées, de ses couleurs chaudes, qui racontent l’histoire des pharaons, leur structure politique et leur contribution à l’humanité. Je trouve cette période très belle. Aussi la période de la Renaissance, avec son renouveau, cette nouvelle orientation que cette période a apportée et l’emphase qui a été mise non pas sur les dieux anciens, mais sur l’humanisme, sur qui on est comme personne, sur nos sentiments et l’impact qu’ils ont eu sur la société à tous les niveaux, sur la science, la littérature et les arts. Pour moi, c’est un renouveau qui reflète aussi qui je suis, car j’ai tendance à me renouveler souvent. Mon art prend des formes de collections différentes, mais c’est toujours qui je suis et le sentiment humain qui m’intéresse. Ces deux périodes sont comme une source d’inspiration, mais c’est aujourd’hui que ça se passe pour moi.

Une citation, une chanson et un livre sur une île déserte

Livre
« Les piliers de la Terre », de Ken Follett. C’est un livre fascinant parce que le livre fait un lien entre l’architecture et la culture, et la vie des citoyens de cette période-là qui était tellement difficile et précaire.

Citation
Je n’ai pas de citation précise, mais ma philosophie de la vie, c’est de laisser partir. Dans la vie, on est souvent invité à se détacher de choses à partir de notre jeune âge. La suce, l’école primaire, on perd des amis, dans la vie, on en gagne, mais il faut aussi laisser partir. Pour pouvoir vivre une vie riche et quotidienne, il faut savoir laisser partir. Il faut être capable de s’adapter continuellement. Il faut tourner la page.

Chanson
« Si Dieu existe » de Claude Dubois.

Si cela était possible, qu’aimeriez-vous dire à la petite Anne-Marie de 5, 15 ou 25 ans?

 

C’est une question très intéressante qui permet un retour en arrière avec un détachement. Ce que je lui dirais, c’est que tu as beaucoup de potentiel et de capacité d’adaptation face aux défis que tu vas rencontrer durant ta vie. J’en ai rencontré des défis dans ma vie, mais j’ai été chanceuse, j’ai une capacité d’adaptation facile. Ça m’a bien servie. Je lui dirais aussi qu’elle va rencontrer des personnes très généreuses et qui vont laisser une trace importante dans ma vie. J’ai rencontré des gens qui m’ont dit des choses, une phrase, un encouragement, au moment où j’en avais besoin et ça m’a beaucoup touchée. J’ai reçu des lettres d’élèves qui m’ont touchée. Je me dis que ce qu’on fait, ce qu’on est et ce qu’on dit a un impact important sur les autres. Et je lui donnerais un petit conseil de rester disponible intellectuellement et émotivement pour continuer d’apprendre, pour recevoir ce que la vie m’offre et pour continuer à offrir aux autres ce que je peux offrir.

Au terme de cet entretien inspirant, Anne-Marie-Léveillé m’invite à ma prochaine rencontre qui aura lieu avec l’artiste peintre Jacinthe Richard.

 

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