LE MERCREDI CINGLÉ
déc.
06
2021
LE MERCREDI CINGLÉ
mozaik
seperation

par Patrick Richard

Et puis? Avez-vous succombé au vendredi fou? Moi, presque. J’ai acheté de la bonne essence, un peu de lait et loué un film sur Illico. C’est tentant de succomber aux bons rabais que les commerçants nous offrent en cette journée merveilleuse où il faut bon se sentir renaître en achetant des objets. C’est une journée ou l’on a fini par nous faire accroire que nous économisons en dépensant de l’argent. Pas bête du tout ce vendredi fou! Chaque fois que j’économise en dépensant de l’argent, la dopamine me monte au cerveau et ce buzz m’incite à recommencer. Une roue sans fin. Il est bien là le mal-être de notre société de consommation. On sait qu’il faut diminuer, mais quand on peut se droguer légalement en achetant des porte-pâte dentifrice qui permettent de faire sortir la pâte dentifrice du tube sans le cochonner ou encore des cadres 3D avec la photo de notre chien chien dedans, c’est difficile de s’arrêter et de ne pas penser qu’on n’en a pas du tout de besoin. En marge à ce vendredi fou inventé ici pour imiter le Black Friday de nos amis américains, j’ai pensé au mercredi cinglé. Le premier mercredi du mois de décembre, pas trop loin du temps des fêtes, mais encore juste assez pour trouver une autre raison de consommer, on assiste au mercredi cinglé. Lors de cette journée, on dépense sans compter pour le milieu culturel.

Une journée type d’un mercredi cinglé

Je me lève au son d’une chanson de Massicotte. Chling : je lui envoie un chèque pour le remercier. Ça coûte combien une de tes tounes, François? En descendant les escaliers, je regarde une toile de Tina Marais-Struthers, une autre de Stéphan Daigle et déjeune devant les quatre tableaux que j’ai achetés à Philippe Corriveau. Soudain, je fixe un bout de mur vide et me dis : tantôt, en allant chercher mon café au Cafexo, je me procure une des toiles accrochées au mur afin de la mettre là. Qui lire aujourd’hui? Marie-Belle Ouellet? Marc-André Pilon? Je m’en remets à Stéphanie Deslauriers, La lune qui ne voulait pas faire de vagues parce que c’est un beau titre. En revenant de mon café, j’arrête au musée observer la première guitare de Félix en me disant que je devrais bien aller faire mon tour dans sa maison.  J’écoute tellement de musique en après-midi que je ne sais plus trop à qui faire mes chèques. J’observe la tour d’eau, la murale de Monika et de Monke.e, celle de Madeleine un peu ternie par des abrutis et je me dis : combien valent toutes ces toiles? À quel nom je signe mon chèque? Un spectacle d’humour m’amène chez Valspec en soirée. Je ris, je ne pense plus à ma vie ni à ce mercredi cinglé. Je m’endors en pensant à tous ces artistes qui embellissent ma vie en ce milieu de semaine et me vient l’idée de remettre ça le lendemain lors du jeudi timbré. Ce jour-là, plutôt que de culture, nous viendrons tous collectivement fous d’environnement. Je me promènerai à pied, je mangerai végane et je ne consommerai que ce que j’aurai vraiment de besoin, c’est-à-dire pas grand-chose.

Si nous projetions nos vendredis de consommateurs fous dans le restant de la semaine pour consacrer le même argent et la même énergie à ce qui nous aide vraiment dans notre mieux-être – environnement, culture, paix intérieure – le vendredi fou, pour une fois, porterait vraiment bien son nom. Un vendredi fou, dérangé, qui n’a plus toute sa raison.

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