DE LA BEAUTÉ DU MANDALA
janv
01
2022
DE LA BEAUTÉ DU MANDALA
mozaik
seperation

par Patrick Richard

Vous connaissez surement le mot mandala. Dans ses origines lointaines, ce terme a une très forte évocation. En sanskrit, il signifie cercle et par extension communauté. Il s’agit en fait d’une structure complexe, peinte ou sculptée, servant à la méditation dans le bouddhisme tantrique vajrayana. Sans trop entrer dans les détails (car il est un peu tôt pour se creuser les méninges), le mandala symbolise en quelque sorte l’esprit des participants en ce sens où il sert à cartographier leur psyché éveillée. Mais ce n’est pas tant de ce type de mandala dont il est question ici, mais plutôt de sa signification dans la pratique spirituelle tibétaine. Dans cette version, les moines sont invités à renforcer leur engagement en réalisant une espèce d’offrande destinée à l’Univers. Pendant des heures, parfois même des jours, les moines déposent le sable coloré sur une surface plate et construisent des œuvres expressives d’une grande beauté. Une fois achevée, l’œuvre est immédiatement détruite et tout le sable amassé est ainsi offert en offrande.

Cette pratique m’a toujours fasciné, car elle symbolise fortement et concrètement le côté éphémère de toute chose. En occident, nous vivons depuis la nuit des temps dans un monde attaché au matériel, agrippé au fil du temps qui se déploie dans un horizon bien droit. Nous naissons, nous vivons, nous mourrons. En orient, le temps est vu de façon cyclique : nous naissons après notre mort, nous vivons, nous mourrons, nous renaissons et ainsi de suite. Nous sommes pris dans une roue sans fin de laquelle bien des religions orientales ont tenté d’apporter une porte de sortie. Le nirvana dans le bouddhisme ou la moksha dans l’hindouisme, nous abordons la vie selon des yeux qui ne sont pas du tout les nôtres. Ainsi, ce mandala représente un peu le but de la vie : se détacher de tout, ne pas résister aux changements, se laisser porter par la vague et vivre sans attente. Du moins, c’est la compréhension que je m’en fais et dont je me sers dans ma vie.

Devant cette crise sanitaire qui n’en finit plus, face à la morosité ambiante et collective, plusieurs regards peuvent être adoptés. Le regard déçu, frustré, écœuré, résigné, colérique, nostalgique. On peut aussi poser le regard que l’on porte sur le mandala. Tout passe, rien ne reste, rien ne sert de trop s’en faire. Plus que jamais, cette crise est une occasion de remettre nos comportements et notre perception en question. Et si on s’inspirait plutôt que se désespérer? Si on fabriquait un superbe mandala en déposant chaque grain coloré avec attention et qu’on détruisait ensuite le tout sans prendre de photo pour les réseaux sociaux? À force de s’attacher à tout et de vouloir conserver tel quel comme c’était avant, on finit peut-être par passer à côté de l’essentiel.

Plutôt qu’une bonne année, je vous souhaite une bonne journée.

La journée sera toujours plus belle que l’année qui la porte.

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