À LA RENCONTRE DE NOS TRAVAILLEURS CULTURELS : LOUISE LEBLOND VALLÉE À LA MAISON TRESTLER
avr.
22
2022
À LA RENCONTRE DE NOS TRAVAILLEURS CULTURELS : LOUISE LEBLOND VALLÉE À LA MAISON TRESTLER
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Par Natacha Marleau

Aujourd’hui, afin de débuter les topos qui souhaitent nous faire découvrir les travailleurs culturels de Vaudreuil-Dorion, j’ai la chance de rencontrer madame Louise LeBlond Vallée, directrice de la maison Trestler depuis 2001.

Lorsqu’elle vient me retrouver à la galerie Antoine-Aimé-Dorion, Louise s’excuse de son peu de retard avec un client en me disant que les réservations de mariages et de funérailles battent leur plein. C’est une bonne nouvelle, mais l’affaire étant que, tout comme pour le milieu de la restauration, les traiteurs vivent une pénurie de main-d’œuvre. Une gestion supplémentaire qui s’ajoute aux multiples choses à penser pour la directrice.

Avec cette élégance digne des grandes actrices blondes des films d’Alfred Hitchcock, je me demande bien qui est Louise LeBlond Vallée? La tenue et la diction impeccables, elle me raconte que, toute jeune, elle suit des cours de diction dès l’âge de 3 ans chez madame Jean-Louis Audet et par la suite débute son primaire chez les Sœurs du Bon-Conseil. Elle est douée pour lire les textes et les écrire. De nature timide, elle livre la poésie avec assurance auprès de sa famille à Montréal sur la rue Parthenais, mais lors des concours à l’école elle se trouve intimidée. Elle poursuivra malgré tout, prêtant sa voix à la radio, en suivant des cours de théâtre et de pose de voix, mais c’est comme mannequin qu’elle défilera sur les planches. Au pied levé, elle remplacera Danielle Ouimet comme commentatrice lors d’un défilé de mode. « Je présente les gens, alors, ce n’est pas moi que je présente, c’est eux. » Sa fille Marjorie, animatrice à Rythme FM, semble suivre ses traces… Louise fera de nombreuses allocutions lors d’événements, de défilés de la Saint-Jean-Baptiste et animera le gala de la Chambre de commerces de Vaudreuil-Dorion pendant presque 20 ans.

Deux visiteurs entrent. « Ils viennent chercher leur coffret de fromage de l’abbaye Saint-Benoit-du-Lac » et elle ajoute : « C’est une source de financement que l’on a créé pour le marché de Noël et que l’on répète au printemps. C’est une idée de Maryse ! »  (Maryse travaille à l’accueil et seconde aussi Louise pour la location des salles.) Il y a aussi Sonia, qui s’occupe de la comptabilité en plus d’autres tâches (toutes sont des femmes aux multiples fonctions). Et bien sûr, il y a le mari de Louise, Jean-Claude, qui vient donner un coup de main tous les matins.

C’est quand Louise aura ses deux enfants qu’elle commencera à s’impliquer auprès de sa communauté. D’abord, elle défend le dossier de la maternelle 4 ans, puis elle se rallie au comité qui travaillera pour la construction d’une nouvelle bibliothèque. Elle deviendra conseillère municipale de la Ville de Dorion, puis en faveur de la fusion des villes, elle sera l’une des deux premières femmes à être conseillères auprès de la nouvelle Ville, Vaudreuil-Dorion. Sa fascination pour la politique, elle dit tenir ça de sa mère. Son père, à titre d’employé fédéral pour le port de Montréal, préférait de ne pas parler de ses opinions politiques. Comme conseillère municipale en charge des dossiers culturels, Louise s’impliquera à la Maison Trestler en participant à quelques événements, dont le concert de la Saint-Valentin.

Mais, avec ses différents volets événementiels, artistiques, patrimoniaux et de locations de salle de réunion, comment définit-on la Maison Trestler? Il s’agit d’un centre d’interprétation historique, me dit Louise. Et notre mandat principal est de travailler pour la conservation du bâtiment patrimonial et en faire connaître son histoire. Il y en a aussi une, toute autre, qui circulait qu’elle était hantée, je lui dis. Oui, « celle de Catherine, une des filles de monsieur Trestler, appartient plus à la légende qu’à l’histoire véritable ».

Louise continue : « À mon arrivée à Trestler, il y avait des choses à changer comme la pertinence de la galerie d’art de prestige qui engendrait multiples frais de transport et d’assurances à considérer. Le changement de vocation de la galerie a été effectué vers 2004 et disons qu’avec l’intégration des gens de la région, la Maison Trestler est devenue plus accessible ».

Quand on lui offre le poste de directrice, Louise pense que c’est Dominique Poirier « l’âme de la maison Trestler », adjointe administrative pendant 20 ans, qui devrait prendre les commandes. Louise acceptera finalement le poste de direction à l’unique condition que Dominique demeure. Elle deviendra une grande alliée, une collègue de travail et une amie. Pendant 16 ans, elles travailleront ensemble. Louise précise : « Ses dossiers sont impeccables, ils sont demeurés tels quels, au même endroit ».

Dans cette organisation, rien ne peut être laissé au fruit du hasard : l’horaire des locations, les contrats, les ententes avec les artistes, les vernissages, les disponibilités des 30 bénévoles (une autre famille) qu’elle appelle « ses abeilles », l’entretien, les demandes de subvention, les rencontres de CA (ils sont 10), la réfection des lieux (après la toiture refaite en 2002-2003, maintenant, c’est au tour des lucarnes qui doivent être restaurées. D’avoir autant à gérer demande indéniablement de l’organisation ! C’est un métier où l’erreur n’est pas bienvenue et où la responsabilité est immense (pas étonnant que les petites nuits de sommeil sont parfois incluses).

Et, quelles sont les activités qui nous attendent à la maison Trestler cette année? En plus des événements privés, Il y a l’exposition Entre-Nous qui permet à tous les artistes, professionnels ou non, d’exposer. Les deux galeries sont toujours disponibles pour les expositions : la galerie Antoine-Aimé-Dorion et le salon Rainville. La Maison accueille aussi les artistes lauréats de TRACE du Conseil des arts de Vaudreuil-Soulanges, qui vise à faire découvrir les artistes de la relève.

Comme artiste, je lui demande, qui l’a marquée? Elle se rappelle le passage marquant de la diva surprenamment timide, Diane Dufresne, et de l’artiste Frédéric Back, l’homme qui plantait des arbres, qui a peint sept illustrations et qui a séjourné à la maison avec son chien et sa femme, le temps de créer les dessins. Des moments uniques qu’elle se dit chanceuse d’avoir vécus. « Chanceuse » est un mot qu’elle répétera souvent.

Puis, il y a aussi les concerts classiques. La maison est un diffuseur spécialisé en musique classique et reçoit des subventions du Conseil des arts et des lettres du Québec. Nous avons a eu la chance de recevoir des artistes comme Yuli Turovsky, violoncelliste reconnu internationalement. Et, dans un autre registre, il y a le légendaire Marché de Noël en novembre, qui perdure depuis plus de 10 ans, et deux événements qui ont été mis en jachère depuis la pandémie : le TrestlerFest et le salon de thé. Ce dernier était, en partie, géré par des étudiants qui veillait aux préparatifs ainsi qu’au service des bouchées et du thé. D’ailleurs, la Maison bénéficie de subventions qui favorisent l’emploi d’étudiants, l’été.

Louise s’avère une bonne guide à tous niveaux. Non seulement elle est passionnée d’histoire, mais elle a donné aussi des cours de bienséance aux enfants de 3e année. L’art de la table, elle connaît! Elle se dit aussi très « chanceuse » d’être ainsi soutenue par une ville qui appuie à ce point la culture!

Je lui demande comment elle décompresse et elle arrive à souffler un peu? Sa maison, sa famille, ses enfants, son petit Willy, puisque Louise est maintenant grand-mère.  « L’auberge Vallée », comme ils l’appellent, accueille les amis des enfants de Louise et leurs amis qui la nomment affectueusement Loulou.

En quittant lentement ce généreux entretien à la maison Trestler, elle ne peut s’empêcher de mentionner : « Oh, je viens de voir qu’il y a de la poussière sur les meubles… faudra épousseter. Les visiteurs voient tout! » et elle aussi, je vous dirais!

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