La nature et nous
juil
27
2020
La nature et nous
mozaik
seperation

Par Patrick Richard
Il y a quelque temps, j’ai eu la chance d’assister à un spectacle que je ne suis pas près d’oublier. Nous étions seulement deux dans la salle, peut-être en raison de la COVID ou de la propension de l’humain à fermer les yeux sur ce qu’il y a de plus beau à voir. La plupart des gens, dont moi, paient des fortunes pour aller voir ailleurs, pour expérimenter, pour manger, pour buzzer. Les pyramides, le Taj Mahal, la Grande Muraille, le Machu Picchu, la route 66, les Rocheuses, on veut tous y aller, tant que les gens toussent dans leur coude et qu’on ne perde pas trop de temps en quarantaine. Je me souviens de Pink Floyd de loin, de Bono de proche, de Watson à l’église, du pic de guitare de Daniel Bélanger lancé dans un Spectrum transformé, de la signature de Ricet Barrier de mon album double de Ricet Barrier. Plein de petits bonheurs dans de grands spectacles. J’ai finalement souvent senti, avant l’arrivée des réseaux sociaux, que j’étais à la bonne place au bon moment. Mais jamais comme il y a quelque temps dans une salle vide de gens.

Un soir, début juillet, au cœur de la réserve Mastigouche où je suis retourné pêcher pour une première fois en trois ans, je me suis retrouvé assis sur un quai flottant sur le lac Patoulet. J’observais, fasciné, la nature s’éveiller. Au départ, je n’avais pas vraiment remarqué qu’autour de moi, le silence régnait : aucun bruit quelconque, ni de près, ni de loin, causé par l’homme, la femme et les enfants. Rien de rien. J’observais la montagne se refléter dans le lac miroir qui ne se savait pas miroir. Derrière moi, vers 10 heures sur mon horloge à midi, un halo illuminait lentement le ciel sans qu’on puisse distinguer du premier coup d’œil ce que c’était réellement. Dans l’urgence de ma vie, j’aurais dit : « Ben, c’est la lune qui se lève tranquillement! » Mais je n’étais pas dans l’urgence, je campais seulement dans ma vie : mon souffle, un lac miroir, la montagne en reflets ondulants et la nature en éveil. La nuit, quand on guide nos tympans vers les ondulations de la nature, il suffit d’une minute ou deux pour que nos oreilles s’habituent à ce silence apaisant. Je me suis demandé à quand remontait mon dernier tête-à-tête avec le silence. Peut-être jamais? Absorbé par ce moment présent, je réalisai à peine l’éclat de la pleine lune s’élevant rapidement dans le ciel nocturne, rythmé parfaitement avec la rotation de la Terre. L’objet céleste apporta une éclaircie flamboyante à la montagne et ses reflets. À ce moment, j’ai senti la faune s’animer. Au loin, sur un semblant d’île, j’eus l’impression d’entendre une querelle d’oiseaux, les bestioles croassaient, pupulaient et striaient partout l’air frais du bois. Moi, béat devant ce spectacle aux côtés de mon beau-frère sans mots, ne réalisant pas tout à fait que tout cela, la nature, l’absence d’écho artificiel, la pleine lune, les oiseaux sans nom, était là, au moment présent. La beauté, la beauté pure, n’a besoin d’aucun coup de pinceau, de mots nommés ou de notes chantées.

En revenant chez moi, je me suis demandé : si on éteignait toutes les lumières de notre ville, qu’on débranchait tous les appareils, qu’on restait muet, qu’on fermait les routes et les gueules de nos chiens, atteindrait-on une telle beauté de lumière et de son? Hier, sur le chemin de l’Anse, Félix s’inspirait sûrement du calme environnant. Seul d’une nature qui s’éveille peut naître un Hymne au printemps.

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